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Plan de table 18 02 2012


Plan de table

Un plan de table n’est jamais neutre. Il est souvent le fruit d’intenses réflexions que s’imposent le maître et la maîtresse de maison avant de recevoir leurs invités. Aux places d’honneur (en général, au carrefour de toutes les conversations), on veille à placer les hôtes d’importance, les personnages qui feront l’objet de toutes les attentions, de toutes les écoutes. Puis l’on distribue les cartons qui, peu à peu, éloignent inexorablement des centres d’intérêt et imposent les exils fâcheux des bouts de table. On y crée des réputations, on y scelle des disgrâces. Et l’on ne dira jamais assez les vertus des tables rondes qui épargnent les amours-propres et flattent les égo (égaux ?). J’y songeais, samedi dernier, en contemplant l’aréopage qui occupait le devant de la scène de l’Archipel, à l’occasion de la signature de la charte de territoire marquant le lancement du plan de lutte contre les algues vertes. C’est vrai qu’il y avait du beau monde sous les spots un rien éblouissants de la salle fouesnantaise : le préfet de Région, le préfet du Finistère, le président de la Région Bretagne et son vice-président, le vice-président du département. Le haut du panier institutionnel. Et puis, aux extrémités de l’alignement ordonné des fauteuils, aux marges d’une distribution hiérarchisée, se trouvaient les présidents de la Communauté de Communes du Pays Fouesnantais et de la Communauté d’Agglomération de Concarneau-Cornouaille, d’une part, les représentants des agriculteurs et des associations de défense de l’environnement, d’autre part. M’égarant dans l’univers du ballon rond, je ne pouvais m’empêcher de penser à cette constante que tous les amateurs un peu avertis de football connaissent : le patron, le maître du jeu, celui qui donne le tempo, se trouve la plupart du temps au milieu du terrain, mais c’est sur les ailes qu’ont lieu les plus belles envolées, les phases décisives qui font basculer le sort du match. Roger Le Goff, le Fouesnantais, et Jean-Claude Sacré, le Concarnois, comme les paysans et les écologistes, le savent : c’est de leurs actions et de leur entente que naîtront les conditions pour l’emporter dans cette lutte engagée contre le fléau des algues vertes.

Finissons-en avec la métaphore sportive. Samedi dernier, les arbitres (présidents et préfets), après avoir rappelé les règles du jeu, ont décidé de mettre leur sifflet et leurs cartons dans leurs poches. A vous de jouer, messieurs les élus de base, cultivateurs et écologistes. Montrez-nous que vous êtes capables de partager le même terrain sans vous mettre systématiquement hors jeu et dégager délibérément en touche. Et tout le monde a décidé de jouer le jeu. Il y a belle lurette que l’UMP Roger Le Goff et le PS Jean-Claude Sacré ont remisé leurs différends idéologiques aux vestiaires pour se mettre à la disposition de l’intérêt collectif. La preuve en cette période pré-électorale que l’on peut encore échanger et construire sans jeter l’anathème et manier l’invective. Le rapprochement entre les agriculteurs et les défenseurs de l’environnement ne relevait pas de la même évidence. Les uns et les autres ne sont guère enclins à cet art du compromis que cultivent (cultivaient ?) les politiques et les syndicalistes. Persuadés de la justesse des causes qu’ils défendent, ils se sont longtemps arc-boutés sur leurs certitudes. Hier, ils étaient face à face (à distance) au Cap-Coz. Aujourd’hui, ils sont assis côte à côte à l’Archipel. Ce n’est pas pour autant qu’ils vont se prendre par la taille. Mais les paysans ont eu le courage de se remettre en question et veulent prouver qu’on peut pratiquer une agriculture respectueuse de l’environnement. Les associations de défense, après bien des hésitations, ont accepté de faire confiance au plan de lutte contre les algues vertes qui leur est proposé. Cela n’a pas été facile mais obéit, somme toute, à une certaine logique. On a sans doute trop peu mis en avant le fait que l’Association de Sauvegarde du Pays Fouesnantais (ASPF) avait renoncé à poursuivre son combat dans le cadre du sentier côtier de Beg-Meil. Engagée dans de multiples actions pour préserver l’environnement du Pays Fouesnantais, légitimée par plusieurs décisions de justice, elle a, non sans état d’âme, (ce serait lui faire injure que de penser qu’elle renonce à ses valeurs) décidé d’éviter le piège du jusqu’au boutisme, en voyant des avancées dignes d’être prises en compte dans le traitement du dossier de la pollution par les nitrates. Mais la vigilance demeure de mise. A la fin de l’année, ce sera l’heure du premier bilan. On espère qu’il ne manquera personne autour de la table.

JYLD
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